Frantz Omar Fanon


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Nationalité : France 
Né(e) à : Fort-de-France , le 20/07/1925
Mort(e) à : Washington , le 06/12/1961
Biographie : 

Frantz Omar Fanon était un psychiatre et essayiste martiniquais.

Médecin psychiatre, écrivain, combattant anti-colonialiste, Franz Fanon a marqué le XXe siècle par sa pensée et son action, en dépit d'une vie brève frappée par la maladie.

Franz Fanon fit ses études supérieures à la faculté de médecine de Lyon et fut nommé, en 1953, Médecin-chef de l'hôpital psychiatrique de Blida. Il avait déjà publié, en 1952, "Peaux noires, masques blancs". 

En 1956, deux ans après le déclenchement de la guerre de libération nationale en Algérie, Franz Fanon choisit son camp, celui des colonisés et des peuples opprimés. Il remet sa démission de son poste à l'hôpital et rejoint le Front de Libération Nationale (FLN) en Algérie.

Il eut d'importantes responsabilités au sein du FLN. Il rejoint le FLN à Tunis, où il collabore à l'organe central de presse du FLN, El Moudjahid. Il fut chargé de mission auprès de plusieurs états d'Afrique noire puis ambassadeur du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) au Ghana. 

Dès le début de la guerre d'Algérie, en 1954, il s'engage auprès de la résistance nationaliste et noue des contacts avec certains officiers de l'Armée de libération nationale ainsi qu'avec la direction politique du FLN, Abane Ramdane et Benyoucef Benkhedda en particulier. Il remet au gouverneur Robert Lacoste sa démission de médecin-chef de l'hôpital de Blida-Joinville en novembre 1956 puis est expulsé d'Algérie en janvier 1957.

Il décide de rompre avec sa nationalité française et se définit comme Algérien. Il rejoint le FLN à Tunis, où il collabore à l'organe central de presse du FLN, El Moudjahid comme spécialiste des problèmes de torture parce qu'il avait soigné plusieurs tortionnaires comme psychiatre à l'hôpital de Blida. En 1958, il se fait établir un vrai faux-passeport tunisien au nom d'Ibrahim Omar Fanon. En 1959, il fait partie de la délégation algérienne au congrès panafricain d'Accra ; il publie la même année L'An V de la révolution algérienne publié par François Maspero. En , il est nommé ambassadeur du Gouvernement provisoire de la République algérienne au Ghana. Il échappe durant cette période à plusieurs attentats au Maroc et en Italie. Il entame à la même époque l'étude du Coran, sans pour autant se convertir.

Très critique sur les dirigeants africains ralliés à la Communauté française (association entre la France et ses colonies), il s’interroge sur les causes de l’attitude des bourgeoisies nationales devant le système colonial. Selon lui, le colonialisme façonne au sein de la société indigène une classe de nature bourgeoise en raison de ses privilèges matériels mais qui n'aurait aucun rôle économique (pas de "capitaines d'industrie") et serait confinée à des activités de types intermédiaires. Elle se trouve dès lors uniquement dédiée à la défense des intérêts du colonialisme. Ainsi, au moment de concéder l’indépendance, les puissances coloniales transmettent le pouvoir à des bourgeoisies asservies qui prennent le rôle de « gérantes des entreprises de l'occident ». Pour lui, la décolonisation ne serait effective dans ces pays que sur le plan culturel (retour aux anciennes traditions) alors que le colonialisme se maintiendrait sur le plan économique.

Il considère par ailleurs que l'indépendance nationale n'a de sens qu'en intégrant les questions sociales, qui déterminent ce qu'il nomme le « degré de réalité » de cette indépendance (accès au pain, à la terre, au pouvoir pour les classes populaires). Cette approche le conduit à associer l'indépendance au socialisme, qu'il définit comme un « régime tout entier tourné vers l'ensemble du peuple, basé sur le principe que l'homme est le bien le plus précieux ». Il milite également en faveur du panafricanisme et de l'internationalisation de la lutte algérienne.


Il échappa à plusieurs attentats au Maroc et en Italie. Jusqu'à sa mort, Franz Fanon s'est donné sans limites à la cause des peuples opprimés.

Atteint d'une leucémie, il se fait soigner à Moscou, puis, en octobre 1961, à Bethesda près de Washington, où il meurt le 6 décembre 1961 à l'âge de 36 ans, quelques mois avant l’indépendance algérienne, sous le nom d'Ibrahim Omar Fanon. Dans une lettre laissée à ses amis, il demandera à être inhumé en Algérie. Son corps est transféré à Tunis, et sera transporté par une délégation du GPRA à la frontière. Son corps sera inhumé par Chadli Bendjedid, futur président algérien, dans le cimetière de Sifana près de Sidi Trad, du côté algérien. Avec lui, sont inhumés trois de ses ouvrages : Peau noire et masques blancsLa cinquième année de la révolution algérienne et Les Damnés de la terre.

Sa dépouille sera transférée en 1965, et inhumée au cimetière des « Chouhadas » (cimetière des martyrs de la guerre) près de la frontière algéro-tunisienne, dans la commune d'Aïn Kerma.

Citations

Extraits de Peau noire, masques blancs (1952) :

« QUAND VOUS ENTENDEZ DIRE DU MAL DES JUIFS, DRESSEZ L’OREILLE, ON PARLE DE VOUS. »

« LE NOIR QUI VEUT BLANCHIR SA RACE EST AUSSI MALHEUREUX QUE CELUI QUI PRÊCHE LA HAINE DU BLANC. »

Extrait de L’An V de la révolution algérienne (1959) :

« LE RÉGIME COLONIAL EST UN RÉGIME INSTAURÉ PAR LA VIOLENCE. C’EST TOUJOURS PAR LA FORCE QUE LE RÉGIME COLONIAL S’EST IMPLANTÉ. C’EST CONTRE LA VOLONTÉ DES PEUPLES QUE D’AUTRES PEUPLES PLUS AVANCÉS DANS LES TECHNIQUES DE DESTRUCTION OU NUMÉRIQUEMENT PLUS PUISSANTS SE SONT IMPOSÉS. VIOLENCE DANS LE COMPORTEMENT QUOTIDIEN, VIOLENCE À L’ÉGARD DU PASSÉ QUI EST VIDÉ DE TOUTE SUBSTANCE, VIOLENCE VIS-VIS DE L’AVENIR. »

Extraits d’un article du numéro 19 d’Afrique Action (qui deviendra Jeune Afrique), daté du 20 février 1961 et intitulé « La mort de Lumumba : pouvions-nous faire autrement ? » :

« L’ONU N’A JAMAIS ÉTÉ CAPABLE DE RÉGLER VALABLEMENT UN SEUL DES PROBLÈMES POSÉS À LA CONSCIENCE DE L’HOMME PAR LE COLONIALISME, ET CHAQUE FOIS QU’ELLE EST INTERVENUE, C’ÉTAIT POUR VENIR CONCRÈTEMENT AU SECOURS DE LA PUISSANCE COLONIALISTE DU PAYS OPPRESSEUR. […] EN RÉALITÉ L’ONU EST LA CARTE JURIDIQUE QU’UTILISENT LES INTÉRÊTS IMPÉRIALISTES QUAND LA CARTE DE LA FORCE BRUTE A ÉCHOUÉ. »

« LE GRAND SUCCÈS DES ENNEMIS DE L’AFRIQUE, C’EST D’AVOIR COMPROMIS LES AFRICAINS EUX-MÊME. [ILS] ÉTAIENT DIRECTEMENT INTÉRESSÉS PAR LE MEURTRE DE LUMUMBA. CHEFS DE GOUVERNEMENTS FANTOCHES, AU SEIN D’UNE INDÉPENDANCE FANTOCHE, CONFRONTÉS JOUR APRÈS JOUR À UNE OPPOSITION MASSIVE DE LEURS PEUPLES, ILS N’ONT PAS ÉTÉ LONGS À SE CONVAINCRE QUE L’INDÉPENDANCE RÉELLE DU CONGO LES METTRAIT PERSONNELLEMENT EN DANGER. »

Extrait d’une lettre de Frantz Fanon envoyée peu de temps avant sa mort à Roger Taïeb (1961) :

« NOUS NE SOMMES RIEN SUR TERRE, SI NOUS NE SOMMES PAS D’ABORD L’ESCLAVE D’UNE CAUSE, CELLE DES PEUPLES ET CELLE DE LA JUSTICE ET DE LA LIBERTÉ. »

Extraits des Damnés de la Terre (1961) :

« LES NATIONS EUROPÉENNES SE VAUTRENT DANS L’OPULENCE LA PLUS OSTENTATOIRE. CETTE OPULENCE EUROPÉENNE EST LITTÉRALEMENT SCANDALEUSE CAR ELLE A ÉTÉ BÂTIE SUR LE DOS DES ESCLAVES, ELLE S’EST NOURRIE DU SANG DES ESCLAVES, ELLE VIENT EN DROITE LIGNE DU SOL ET DU SOUS-SOL DE CE MONDE SOUS-DÉVELOPPÉ. LE BIEN ÊTRE ET LE PROGRÈS DE L’EUROPE ONT ÉTÉ BÂTIS AVEC LA SUEUR ET LES CADAVRES DES NÈGRES, DES ARABES, DES INDIENS ET DES JAUNES. »

« LA MOBILISATION DES MASSES, QUAND ELLE SE RÉALISE À L’OCCASION DE LA GUERRE DE LIBÉRATION, INTRODUIT DANS CHAQUE CONSCIENCE LA NOTION DE CAUSE COMMUNE, DE DESTIN NATIONAL, D’HISTOIRE COLLECTIVE. […] LA CONSTRUCTION DE LA NATION, SE TROUVE […] FACILITÉE PAR L’EXISTENCE DE CE MORTIER TRAVAILLÉ DANS LE SANG ET LA COLÈRE. »

« [LA COLONISATION EST] UNE NÉGATION SYSTÉMATISÉE DE L’AUTRE, UNE DÉCISION FORCENÉE DE REFUSER À L’AUTRE TOUT ATTRIBUT D’HUMANITÉ. »

Extrait de Pour la révolution africaine (1964) :

« [LA GUERRE D’ALGÉRIE EST] LA CONSÉQUENCE LOGIQUE D’UNE TENTATIVE AVORTÉE DE DÉCÉREBRALISER UN PEUPLE. »

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